L'oeil du pouvoir
 

 

Prison pour enfants
Cette installation est dédiée aux garçons de 6 à 16 ans incarcérés, dans la prison de la Petite Roquette entre 1830 et 1865. Ils furent soumis à une isolation complète et un silence absolu censés les contraindre à un examen de conscience intérieur. Un journaliste de l’époque écrit : « La faute la plus légère entraîne des châtiments d’une excessive rigueur. C’est la mise au pain et à l’eau ; c’est surtout le cachot, c’est-à-dire une cellule qui ne tire l’air et le jour que d’un corridor, où le prisonnier est condamné à la fois à l’immobilité, au silence, à l’obscurité ; où il n’a ni un lit pour se coucher, ni un banc pour s’asseoir et où, plus d’une fois, de jeunes détenus sont restés jusqu’à huit ou dix jours de suite, revêtus de la camisole de force... Faut-il s’étonner des conséquences qu’a, dans ces dernières années, entraînées un tel régime, des progrès des maladies scrofuleuses et du scorbut chez ces enfants qui auraient besoin d’air, de mouvement et de liberté ? Faut-il s’étonner que, plus d’une fois, la solitude et le désespoir aient engendré la folie et que l’on ait vu figurer des suicidés de douze ans sur les registres mortuaires de la Roquette ? »(1)

La Roquette

La mort en voisine
De plus, entre 1851 et 1899, 69 exécutions publiques de prisonniers adultes ont été perpétrées devant ces portes. Après l’interdiction des exécutions publiques, dans les années 1940, deux femmes, dont une qui avait pratiqué 27 avortements, ont été  guillotinées, au sous-sol de la prison, devenue alors prison de femmes (1930 – 1974).

La science au service de la terreur sociale
Le panoptique est un type d'architecture carcérale imaginée par le philosophe utilitariste Jeremy Bentham à la fin du XVIIIe siècle. L'objectif de la structure panoptique est de permettre à un individu, logé dans une tour centrale, d'observer tous les prisonniers, enfermés dans des cellules individuelles autour de la tour, sans que ceux-ci ne puissent savoir s'ils sont observés. Les cellules étaient agencées avec des fenêtres de type traversant, de sorte que les détenus se détachaient distinctement en contre-jour. Ce dispositif devait ainsi créer un « sentiment d'omniscience invisible » chez les détenus.

C’est ce modèle qui donne son nom à l’installation. En effet, la tour centrale fut appelée « l’œil du pouvoir » par Michel Foucault et qui en fit le modèle abstrait d'une société disciplinaire  On citera Gilles Deleuze à ce sujet évoquant le travail de Foucault en ces termes : « Quand Foucault définit le Panoptisme, tantôt il le détermine concrètement comme un agencement optique ou lumineux qui caractérise la prison, tantôt il le détermine abstraitement comme une machine qui non seulement s'applique à une matière visible en général  …mais aussi traverse en général toutes les fonctions énonçables. La formule abstraite du Panoptisme n'est plus « voir sans être vu », mais « imposer une conduite quelconque à une multiplicité humaine quelconque » (2)

(1) http://www.sceren.fr/RevueTDC/844-42093.htm

(2) Gilles Deleuze, Foucault, Editions de Minuit, 1986/2004, p.41